Thélyson Orélien: Boréal et le Salon du livre de l'Estrie prennent une distance
MONTRÉAL — L’histoire de l’auteur du roman à succès «C’était ça ou mourir», Thélyson Orélien, continue de s’alourdir.
Après avoir défendu, mardi, l’auteur et, le lendemain, avoir dit prendre très au sérieux les allégations de plagiat émises par La Presse et Radio-Canada, les Éditions du Boréal annoncent que «pour assurer le bien-être de Thélyson Orélien, nous suspendons pour l’instant les activités promotionnelles entourant le livre, qui demeure toutefois disponible».
Parallèlement, le Salon du livre de l’Estrie, qui se tient du 15 au 18 octobre à Sherbrooke, annonce «qu’il retire à M. Thélyson Orélien le titre d'invité d'honneur et l’invitation à participer aux deux activités qui figuraient à la programmation de la 48e édition du Salon auxquelles il avait été convié. Les éléments de communication concernant sa participation au Salon du livre de l’Estrie seront retirés du site internet et des réseaux sociaux.»
Onde de choc
Des allégations d’usage de l’intelligence artificielle (IA) pour écrire le livre, qui circulent depuis le début de la semaine, ont semé une onde de choc dans le monde littéraire. Le roman vient tout juste de remporter le prix du roman Fnac et est en lice pour de nombreux prix prestigieux, dont le Goncourt et le Médicis
Dans un communiqué publié jeudi, Boréal défend sa procédure d’édition et de publication, ajoutant que «ces derniers jours, nous avons collaboré avec Thélyson Orélien afin de l’aider à constituer un dossier détaillant le travail qui a précédé l’intervention du Boréal».
«Nous aurions souhaité pouvoir apporter une réponse définitive. Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d’infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l’auteur fait face et, dans ces circonstances, il est primordial de ne pas tirer de conclusions hâtives.»
«En l’absence de preuves sérieuses et tangibles, il ne nous appartient pas de décider s’il a le droit d’exister», poursuit-on.
Boréal reconnaît au passage que «le débat sur l’utilisation de l’IA en création littéraire est vaste, complexe et nuancé, et il ne se réglera pas en quelques jours ni en quelques semaines». La maison d’édition condamne sans réserve «les messages haineux et les attaques personnelles des derniers jours, et appelons chacun à faire preuve de retenue».
La polémique a commencé en début de semaine. Le compte anonyme «Balance ton Claude» a affirmé dans une publication sur X que, selon le logiciel américain de détection d'IA Pangram, l'œuvre d'Orélien aurait été rédigée «presque intégralement par une intelligence artificielle».
Le romancier s'est défendu de ces accusations, avançant qu'il vient «d’une tradition littéraire haïtienne et caribéenne où la poésie, les images, les répétitions et le rythme portent une parole vivante».
«C’est dans cet héritage que ma voix s’est construite. On peut discuter de mon style, mais faire de ces procédés des preuves d’intelligence artificielle n’a rien à voir avec la critique littéraire», a-t-il ajouté.
Publié l'hiver dernier au Québec, «C'était ça ou mourir» raconte l'histoire d'un professeur d'histoire fuyant la violence de Port-au-Prince, en Haïti, pour immigrer au Canada.
Pierre St-Arnaud, La Presse Canadienne

