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Santé oculaire

Sur la piste de la régénération de la rétine

Sur la piste de la régénération de la rétine
Photo: La Presse Canadienne, 2023

Des chercheurs montréalais sont sur la piste d'une méthode qui pourrait un jour permettre de restaurer du moins une partie de leur vision aux patients qui souffrent d'une maladie dégénérative de la rétine.

Le professeur Michel Cayouette et ses collègues de l'Institut de recherches cliniques de Montréal ont ainsi découvert qu'il est possible d'inciter des cellules qui «dorment» dans la rétine (les cellules gliales) à se transformer en cellules dont les propriétés ressemblent de très près aux cônes qui permettent notamment de percevoir les couleurs, de lire et de conduire.

«On s'approche beaucoup d'être capables de produire des cellules photoréceptrices, puis espérons-le, de restaurer la vision», a assuré le professeur Cayouette.

Ces cellules gliales ne sont pas perdues lors de la dégénérescence, a-t-il ajouté, et les chercheurs se sont donc demandé s'il était possible de les réactiver, mais sous forme de photorécepteurs.

Les chercheurs ont identifié, après six ans de travaux, deux facteurs qui poussent ces cellules gliales à se transformer en cellules très semblables aux neurones de la rétine. Ces neurones pourraient éventuellement permettre de remplacer les cellules détruites par la dégénérescence.

Les cellules gliales ciblées par l'équipe peuvent se réactiver et se régénérer naturellement chez les poissons, au point où elles peuvent «régénérer la rétine au complet», a-t-il dit.

Le même phénomène ne se produit en revanche pas chez les mammifères, sans que l'on comprenne vraiment pourquoi. L'efficacité de la nouvelle approche développée par les chercheurs montréalais a toutefois été démontrée dans un modèle animal, y compris chez des animaux dont la rétine avait été lourdement endommagée par la maladie.

«Ce ne sont pas des cônes parfaits, ils n'ont pas toutes les caractéristiques des cônes, mais on a fait la première étape, a précisé le professeur Cayouette. Ce sont des cellules de type neuronal qui expriment plusieurs gènes qui sont caractéristiques des neurones, incluant certains gènes caractéristiques des photorécepteurs. Donc on est pas mal excités, d'autant plus qu'on a réussi à faire ça aussi dans un modèle de dégénérescence de la rétine.»

Cela suggère «fortement» qu'il soit possible d'induire une certaine régénération même chez une rétine malade, a ajouté le chercheur.

Les nouvelles cellules, a-t-il précisé, «n'expriment pas encore tous les gènes des photorécepteurs. Elles ont besoin d'une petite tape dans le dos».

Le procédé repose sur deux gènes qui sont essentiels au bon développement de la rétine chez l'embryon et qui avaient été étudiés en profondeur dans le passé. La nouvelle technique permet en quelque sorte de «reproduire certaines conditions développementales, mais cette fois-ci dans une rétine adulte malade», a dit le professeur Cayouette.

Cette technique ne permet pour le moment que de transformer quelques milliers de cellules gliales en cellules similaires aux neurones de la rétine, ce qui n'est pas suffisant pour vérifier si l'intervention améliore la vision. C'est à cette étape que les chercheurs s'attaquent maintenant.

«Avec la méthode qu'on avait, c'était presque impossible de voir une amélioration de fonctionnalité, a admis le professeur Cayouette. On doit absolument augmenter l'efficacité. Mais maintenant qu'on connaît la recette, on va changer le protocole pour avoir une méthode de livraison très efficace qui va nous permettre de convertir un grand nombre de cellules, et après, on va pouvoir vraiment tester la fonction.»

D'autres chercheurs explorent la piste des cellules souches pour combattre la dégénérescence de la rétine. Cette stratégie se heurte toutefois à plusieurs obstacles, comme le risque de rejet des photorécepteurs développés en laboratoire et le fait que les cellules souches ne s'enracinent pas facilement dans la rétine.

«À un moment donné on a pensé que ce serait un "magic bullet", mais ce n'est pas ça du tout, a dit le professeur Cayouette. Il y a vraiment de grands défis.»

Il serait donc plus pratique d'utiliser des cellules déjà présentes dans la rétine du patient pour lui redonner à tout le moins une partie de sa vision.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal scientifique PNAS.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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